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16.02.2008
LE PAVÉ EN MOUSSE EST-IL UNE FORME DE MANIFESTE?
S’il existe des objet-manifeste, le pavé en mousse en est un. (cité comme tel par S. Radenac sur son blog).
Dans ce cas, supposons que, lors d’une manifestation, un cordon de police barre la route aux manifestants, et que, sous les slogans et les invectives, tout à coup une volée de pavés en mousse jaillissent et s’abattent sur les forces de l’ordre.
Imaginons même qu’un manifestant en tire un à bout portant dans la gueule d’un policier, de plein fouet. Il va sans dire que ce dernier ne sentira absolument rien. Et que, s’il portait des lunettes, elles ne seront même pas déchaussées.
Sans doute, dans l’état actuel des choses publiques, le manifestant serait…
…interpellé pour, non pas coups et blessures, mais peut-être pour outrage à un agent de la force publique dans l’exercice de ses fonctions. En somme, le manifestant semblerait lui manquer de ce respect qui veut que l’on ne balance pas de pavé en mousse dans la tronche des agents. On le comprend.
Mais allons plus loin. Pour sa défense, le manifestant peut, à juste titre, plaider que son geste est totalement inoffensif et devient tout à fait symbolique. Qu’il a donc pris la précaution, en prenant un pavé en mousse, de ne pas blesser. Il y a là préméditation du bien et du sage. C’est tout à l’honneur du manifestant d'accomplir un acte honorable, en citoyen responsable. C'est une avancée dans l’histoire des conflits sociaux. Et c’est donc une médaille et des félicitations qu’il mérite au lieu d’une contravention.
On opposera à cette manière de voir, qu’une injure, de même que le pavé en mousse, ne blesse pas physiquement. Mais peut faire mal : « connard » ou « allez vous faire foutre » peuvent être blessant dans l'exercice de ses fonctions. L’injure oui. Car le mot à une suite. Il dure. De faire passer pour un moment l’agent comme un être inintelligent, un être inférieur définitivement. Il dure par ses connotations. Les mots durent et sont durs. Cela ouvrent des perspectives. Bientôt la réponse étouffe la police et elle interpelle, verbalise, défère au parquet, voire moleste manu militari.
Mais pour un coup de pavé en mousse, – une caresse disons-le –, la connotation est faible. Car toute la signification est dans ce lancé-réception, et s’arrête quasiment après le geste. C’est comme envoyer une plume. L’agent qui a reçu un pavé en mousse peut-il prétendre avoir été blessé dans son amour-propre. C’est ridicule. En d’autres termes : Et alors ? La belle affaire ? Devant le juge, entendons ce policier se plaindre… Non, cela ne vaut pas. Se plaindra-t-il aussi d’un jet de confettis ? Alors, c’est le non lieu assuré. Sinon, si la force publique condamne le lanceur de pavé en mousse, c’est le signe du fascisme rampant, dont le premier signe est un pouvoir policier en vue de l’absolutisme : on décrètera qu’untel doit être punit pour une broutille. Et que dire, si le policier était casqué ? Il est d’ailleurs probable qu’il ne se soit jamais aperçu qu’il ait reçu un pavé dans la gueule.
Revenons à notre manifestation : supposons que nous voyons une volée de dix, vingt, cent pavés en mousse, lobés, à destination des forces de l’ordre et atteignant leur but. L’image est bien là. Et les télévisions du monde entier vont pouvoir s’en emparer. Ce sera un fait, un événement dans le temps de la manifestation. Une image. « Tout à coup, Mesdames, Messieurs, les manifestants tirent ! Ah, là, là, les pavés en mousse volent… » Plus besoin de boucliers.
On peut donc constater que le pavé en mousse transforme un acte violent en un acte symbolique. C’est une nouvelle forme. Et c’est heureux pour la société, pour les rapports sociaux, et pour la civilisation. Ayons le courage de le reconnaître. LAURENT LAURENT
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Commentaires
Je souscris tout à fait à ça. Mais il faut évoquer un cas : celui où les CRS croient que les pavés en mousse sont des pavés de pierre. Et qu’ils soient pris de frayeur. Puis, dans la confusion, répondent à cette agression – que dis-je, ce signe – par une féroce répression et même tirent sur les manifestants. Ce serait un drame absolu.
Ce qui implique qu’il faut absolument éviter la surprise et proclamer haut et fort l'existence des pavés en mousse, les montrer, prévenir autant que faire se peut avant chaque lancement, quitte à faire un décompte collectif (3, 2, 1, 0,) pour éviter tout malentendu. Ce qui coupera l’herbe sous le pied des forces de l’ordre. Pati.
Ecrit par : Patricia | 17.02.2008
Heu... Est- ce que la mousse du pavé est hypoallergénique, non cancérigène et recyclable ?
Que se passerait-il si le pavé véhiculait les germes de son lanceur jusqu'à la peau du policier ? (herpès, grippe, MST etc.)
Ne courrez-vous pas le risque de voir le pavé en mousse classé comme arme bactériologique potentielle et ses créateurs accusés d'appartenir à l'axe du mal ?
(réponse : vous avez tout à fait raison, Bambs. Mais nous rétorquerons aux juges qu'il en est de même pour les combinés de téléphone que l'on se repasse d'oreilles en oreilles, de bouches en bouches. De même pour les micros à boule des chanteurs. On ne les nettoie jamais avec des lingettes. Allons plus loin : si tu sers la main à un CRS non ganté – c'est rare à l'heure actuelle – ne vas-tu pas lui transmettrre ton rhume éventuel ?)
Ecrit par : Bambs | 19.02.2008
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